La Bête à Bon Dieu
Le christianisme est-il une religion incestueuse ?
de la séparation comme péché
lundi 26 février 2007, par Richard Bennahmias

Je suis lassé d’entendre que le péché c’est d’être séparé de Dieu et que l’union avec lui serait un idéal à atteindre !

Notre dignité, notre vocation, c’est d’être séparés du Père.

Accueil du site > Parole du Jour > Le christianisme est-il une religion incestueuse ?


Ce qui nous fait être, c’est d’être séparés du Père.
La création, la nôtre comme celle de notre univers est une séparation.
Notre Univers et nous mêmes sommes ce dont Dieu s’est séparé,
ce qu’il a mis à distance de Lui-même.
Le péché, ça n’est pas d’être séparé de Dieu.
Le péché, c’est de vivre cette séparation et cette distance comme une malédiction, comme une perte ou un abandon à dénier, à réparer ou à combler.
La rédemption, c’est de recevoir cette séparation comme une grâce et une vocation.
Dieu peut se faire proche ou lointain, mais Lui et nous sommes toujours autres les uns aux autres.
L’union avec Dieu, c’est le retour au tohu bohu initial.
L’union avec Dieu, c’est la résorbtion de tout parole, de tout verbe
Il n’y a d’être que de cette relation d’altérité fondamentale.

La prière, ça n’est pas un retour à Dieu et encore moins "en" Dieu, comme si Dieu était une sorte de giron maternel.
Même "sans parole", la prière, c’est d’abord, non pas une mise à distance, mais au moins la reconnaissance, la prise de mesure, de la distance.
S’il n’est pas "de mort", le silence n’est rien d’autre que l’attente de la parole, l’ouverture à la parole : une brèche, une déchirure dans l’illusoire plénitude de l’impossible présence.
Et de part ou d’autre, si une parole advient, c’est de cette distance, de cette séparation même, dans le jeu vivant de l’approche et de l’écart.
La Parole ne "comble" pas la distance, mais la franchit autant qu’elle l’instaure et la restaure.