La Bête à Bon Dieu
Euthanasie
Comment légaliser sans banaliser ?
lundi 16 avril 2007, par Richard Bennahmias

Il n’y a pas de "bonne" mort.
Il y a des actes qui peuvent être éthiquement justes sans pour autant que la maxime qui a présidé à leur accomplissement puisse être érigée en principe universel.
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Une nouvelle affaire d’euthanasie est portée ces jours-ci devant les tribunaux. Et c’est l’occasion pour les groupes favorables à la légalisation de cette pratique d’occuper le devant de la scène médiatique.

Sous prétexte de "droit à mourrir dans la dignité", ils tentent de faire échapper certaines situations à cette règle fondamentale du droit inscrite dans les dix commandements : "Tu ne tueras pas".

Il n’est pas hypocryte d’affirmer que, d’une part,

Le caractère transgressif de l’euthanasie est un élément majeur de la délibération morale. Comment légaliser l’euthanasie sans lui retirer son caractère de "cas de conscience" tout autant que son caractère de "cas limite" ? sans la transformer en "acte thérapeuthique" ordinaire ?

Je reconnais que cette position charge peut-être un peu trop la barque du "sujet" et qu’elle exige de lui un héroïsme qu’on ne peut peut-être pas exiger de tout le monde.

Ce que je crains d’une légalisation, c’est qu’elle élude dans une sorte d’automatisme légal l’impératif de la délibération éthique personnelle. Pour le dire en termes kantiens : il y a des actes qui peuvent être "éthiques" sans pour autant être "moraux", c’est-à-dire dont la maxime ne peut pas être érigée en principe universel.

Quelque soit la position de la loi par rapport à des situations limites comme celle-ci, elle sera insatisfaisante parce que le propre de ces situations, c’est de mettre la loi en crise.

On peut en dire autant de l’interruption volontaire de grossesse où l’on se trouve écartelé entre l’hypocrisie de la prohibition et la banalisation qui transforme l’IVG en moyen de contraception ordinaire.

Qu’est-ce qui, dans le libellé de la loi, continuera de signifier que l’acte qu’elle encadre transgresse un principe universel et qu’il engage la responsabilité personnelle de la ou des personnes qui l’accomplissent. Comment la loi peut-elle aider celles et ceux qui se trouvent confrontés à de telles situations sans pour autant les décharger de la délibération personnelle ou collective qu’elles imposent ?