La Bête à Bon Dieu
Mort ≤vs≥ Vie
mardi 29 janvier 2008, par Richard Bennahmias

Même si l’intuition de la pensée magique pèche par trop de naïveté, la façon dont nous décrivons la réalité à l’aide de systèmes de symboles a jusqu’à présent permis à notre humanité de s’en sortir plutôt bien avec elle. Jusqu’à présent … et tant que la symbolique du « s’en sortir » continuera de produire ses effets.
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« C’est la vie et la mort que j’ai mises devant toi, c’est la bénédiction et la malédiction. Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance. » (Deut 30, 19)

À première lecture, cela me semble évident : je choisis la vie, bien-sûr ! Mais ai-je vraiment le choix ? Je n’ai pas choisi de naître. Quant à mourir, et quand bien même je souhaiterais « mourir dans la dignité », il est peu probable que la vie me laisse le choix du jour et de l’heure.

La Vie ? Je sais ce que c’est que la Vie ! En fait, pas vraiment …
La Mort ? Je sais ce que c’est que la Mort ! voire…
Ce commandement a-t-il vraiment un sens ?

Une description minimale de l’existence

Le problème, avec les symboles, c’est qu’ils ne représentent rien en eux-mêmes. D’une part, ils ne produisent du sens que mis en relation les uns avec les autres, dans un système. D’autre part, un système de symboles ne représente pas la réalité, mais la décrit.

Vie et Mort jouent ici comme deux symboles dépourvus de sens en eux-mêmes : ils ne signifient que dans l’alternative qui les oppose : Mort-Vie ; Vie-Mort, Mort-Vie … : une description minimale de l’existence, équilibrée, comme le cycle des saisons, le yin et yang, la roue du destin, l’éternel retour, etc…

Il n’y a qu’à faire avec, c’est comme ça ! Qu’y faire ?

Qu’est-ce que ça change ?

La parole de Dieu met cette alternative devant moi et me mets en demeure d’arbitrer : choisis la vie !
Que se passe-t-il quand cette injonction impossible m’est adressée par Dieu, par sa parole ou par l’un de ses anges (ma voisine, mon thérapeute, mon pasteur, ma conscience, un arc-en-ciel, une fleur) ? Une foule de messages viennent se greffer sur cette alternative : toute une ascendance !

Tu vas t’en sortir !

La clef, c’est Paul qui la donne, telle qu’il l’a héritée de sa formation rabbinique : la clef, c’est la confiance, la foi. Quand une parole s’adresse à moi sans que ce qu’elle me dit ne corresponde à rien que je connaisse déjà, je n’ai pas d’autre choix que de faire confiance. Quand Dieu me dit « Choisis la vie », son injonction me donne le choix, crée le choix lui-même. Changer les descriptions de la réalité au moyen desquelles je tente de m’en sortir avec elle, cela me demande d’abord de croire, de faire confiance dans une parole qui me dit « Tu vas t’en sortir ! »

Que je m’appelle Noé, Moïse, David, Paul ou Tartempion, la Parole qui me dit « Tu vas t’en sortir ! », c’est la Parole de Dieu, que je la reconnaisse comme telle ou non. Et la confiance que je lui accorde transforme non seulement la façon dont je peux décrire mon existence, mais mon existence elle-même : elle me sauve ; mais aussi l’univers et l’histoire au sein desquels je suis plongé, pas seulement dans la Bible : je pense par exemple à l’Appel du 18 juin 1940 : « Cependant, rien n’est perdu ! ».

Pour nous autres Chrétiens, cette parole s’incarne dans une histoire, celle de la passion, de la mort et de la résurrection de Jésus. Elle s’offre à nous dans un symbole qui la raconte et nous offre de nous y associer : le Baptême. Mais toujours, c’est la même structure symbolique qui s’offre à nous, transforme et sauve notre regard sur la réalité : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte. »

Notes

[1] 2 Cor 1, 8 à 10