La Bête à Bon Dieu
La route antique des hommes pervers
Job et Sarkozy, même destin
jeudi 4 février 2010, par Richard Bennahmias

Après tout si le Président de la République se permet de parler de religion, la religion peut bien se permettre de porter un jugement sur le Président de la République. René Girard avait intitulé son commentaire de Job : "La route antique des hommes pervers" et c’est bien sur cette route que Nicolas Sarkosy semble s’être engagé.
Accueil du site > Parole du Jour > La route antique des hommes pervers

Citer René Girard devrait suffire :

Pourquoi Job est-il devenu la bête noire de sa communauté ?

Le Job des dialogues n’est pas un vulgaire enrichi qui a perdu son argent … c’est un grand chef que l’opinion publique a d’abord hautement prisé, puis qu’elle a brusquement méprisé.

Avant de devenir bouc émissaire, Job a vécu une période de popularité si prodigieuse qu’elle frisait l’idolâtrie… Le contraste entre le présent et le passé ne fait pas tomer de la richesse à la pauvreté, de la santé à la maladie, mais de la faveur à la défaveur d’un seul et même public. Les dialogues ne traitent pas d’un drame purement personnel, d’un simple fait divers, mais du comportement de tout le peuple à l’égard de l’espèce d’homme d’état dont la carrière s’est brisée. Si douteuses qu’elles soient, les accusations dont Job fait l’objet sont révélatrice. Ce sont surtout des abus de pouvoir que l’on reproche au potentat déchu… Job fait plutôt penser au tyran des cités grecques.

Job présente sa période triomphale comme l’automne de sa vie, autrement dit la saison qui précède immédiatement l’hiver glacial de la persécution… L’extrême engouement pour Job a du basculer d’un seul coup dans l’extrême dégoût. Et jusqu’au dernier moment, Job n’a rien soupçonné du revirement qui se préparait.

René Girard, La route antique des hommes pervers, ch. 2, Grasset 1985