La Bête à Bon Dieu
Les religions en respect
promesses du dialogue interreligieux
vendredi 7 mars 2008, par Richard Bennahmias

L’émergence de l’œcuménisme et, dans sa foulée, celle du dialogue interreligieux, fut l’un des rares événements heureux de notre XXème siècle. Sans doute parce que, du fait de la monté en puissance des intégrismes, les religions continuent d’être considérées comme une menace pour la paix, ce miracle passe inaperçu.
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Préoccupation ultime et violence extrême

Le caractère souvent extrême de la violence religieuse tient essentiellement au rôle ultime de la religion joue dans la manière dont chaque être humain comprend et organise son rapport à l’univers, à la société et à lui-même.

La formule qui a présidé à la révocation de l’Édit de Nantes : « Un roi, une foi, une loi » l’illustre parfaitement : une religion tente d’articuler de façon cohérente l’ensemble des croyances et des pratiques qui permettent aux membres d’un groupe humain de se constituer en société enracinée dans un monde compréhensible et praticable.

C’est l’ordre non seulement social, mais aussi cosmique qui est menacé chaque fois qu’un individu ou un groupe remettent en cause tout ou partie des principes établis par la religion commune. Le ciel menace alors de nous tomber sur la tête et personne ne sait plus où il habite.

Tel était l’enjeu des conflits religieux qui ont ensanglanté notre vieille Europe et dont l’expérience désastreuse justifie largement la méfiance laïque à l’égard de tout retour aussi timide soit-il des religions dans la sphère publique.

le semi-échec de la laïcité

Suffit-il d’éradiquer la religion pour mettre fin à la violence religieuse ? S’il s’avère impossible de faire disparaître le sentiment religieux de l’âme humaine, au moins peut-on essayer de l’y tenir enfermé comme dans une boite de Pandore. L’idéal laïc serait que la religion soit une affaire privée du ressort exclusif de l’individu. Mais comme les religions sont des phénomènes collectifs, on se contente de laisser les religions cohabiter les unes avec les autres dans une sorte d’entre-deux entre le public et le privé. La relativisation des croyances qui en résulte n’est pas supportée avec une égale humeur ni par toutes les religions, ni par tous les religieux. Ça bouillonne sous le couvercle de la boite de Pandore ; et parfois, ça explose !

Cantonner le sentiment religieux à la sphère privée n’est donc sans doute pas le meilleur moyen de circonvenir la violence religieuse.

Le paradoxe du dialogue interreligieux

Si on peut parler de miracle à propos des dialogues interconfessionnels et religieux, c’est qu’ils réalisent un paradoxe. Que des religions qui prétendent toutes à l’universalité en arrivent ne serait-ce qu’à reconnaître leur diversité pour prendre en charge leur cohabitation de fait, ça n’est rien moins qu’une révolution dans la façon dont notre humanité gère son rapport avec le sentiment religieux et tente de tenir sous contrôle le phénomène religieux.

Du point de vue spirituel, cela signale une conversion radicale, avouée ou non : entrer en dialogue suppose non seulement qu’on ne se considère plus comme dépositaire et exécuteur exclusif de la parole divine, mais surtout qu’on a mis de la distance entre soi-même et la transcendance. L’entrée en dialogue est non seulement une marque de respect des religions entre elles, mais plus encore la manifestation d’un respect accru à l’égard du divin.

Dans la lutte contre la violence religieuse, le dialogue interreligieux n’a certes pas à s’y substituer, mais il est l’indispensable complément d’une laïcité ouverte. Parce qu’il est la condition sine qua non d’un désamorçage durable de la violence religieuse, lui seul peut permettre à terme une reconnaissance et une prise en charge publiques de la fonction sociale des religions.