La Bête à Bon Dieu
Les jours heureux sont à venir
jeudi 9 octobre 2008, par Richard Bennahmias

Les « happy end », c’est bon pour les films de série B. Que l’histoire puisse offrir une fin heureuse à nos vicissitudes personnelles ou collectives est une illusion. C’est pourtant cette attitude d’espérance que de Noé à Noël, la Bible ne cesse de valoriser. C’est aussi la seule attitude qui, de crise en crise, ait jamais permis à notre histoire commune et à nos histoires personnelles de progresser.
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Bonjour tristesse !

Depuis les années 50, la complaisance pour le tragique s’est imposé durablement comme l’attitude morale la plus raisonnable. À tel point que la Shoa, le Goulag, Hiroshima et Nagasaki nous apparaissent encore aujourd’hui comme les évènements les plus marquants de notre XXème siècle.

Le roman « Bonjour tristesse », paru en 1954, et son auteure Françoise Sagan symbolisent à eux seuls la tonalité tragique de cet existentialisme « people » qui triomphe aujourd’hui dans le catastrophisme écologique, la faillite économique et la désespérance morale et qui n’a jamais cessé de dénigrer le progrès technico-scientifique et ses applications dans cet état de bien-être [1] que nous appelons pompeusement « l’État providence ».

Au-delà de l’optimisme et du pessimisme

En quoi consiste l’espérance. Certainement pas dans la politique de l’autruche : maintenir consciencieusement la tête sous sable pour se persuader que tout va bien. C’est l’attitude des « faux prophètes » de l’Ancien Testament.

Mais il est tout aussi faussement prophétique de se contenter de constater que si tout va mal aujourd’hui, tout ira de mal en pis demain et qu’il n’y a qu’à se résigner à la réalité du pire.

Les « vrais » prophètes de l’Ancien Testament annoncent certes de mauvaises nouvelles, mais c’est pour affirmer qu’il y a une issue heureuse à leur accomplissement et que cette espérance interdit toute résignation.

Noé, de la tragédie à la crise

Dans le récit du Déluge, pas d’optimisme béat sur notre humanité : la crise est non seulement prédite, mais diagnostiquée. C’est de son propre fait que notre humanité court à sa perte. Mais elle n’y est pas pour autant vouée.

Avec Noé, nous ne sommes plus ni dans la catastrophe, ni dans la tragédie, mais dans la crise, et dans la crise diagnostiquée, affrontée, traversée et franchie.

Noé est l’image d’une humanité qui, non contente d’espérer sur un avenir meilleur, anticipe par ses actions sur son avènement. Bien plus qu’une chaloupe de sauvetage, l’arche est un investissement sur le bonheur futur. En dépit des signes plus que patents de la colère divine, Noé continue de faire fond sur la Grâce. C’est en cela qu’il est béni et grâce à cela qu’il s’en tire à son avantage.

Dès Noé, la Bible ouvre un au-delà au tragique qui s’incarne dans le récit de la traversée de la Mer Rouge et s’accomplit dans le mystère de la passion, de la croix et de la résurrection.

L’espérance, comble du pragmatisme

Espérer, c’est, face à la réalité du pire, anticiper sur le meilleur. Il s’agit de ce que la théologie appelle une vertu : une force intérieure, morale et spirituelle.

Mais il s’agit aussi de l’attitude la plus conséquente à adopter face à toute crise. Si l’on souhaite vraiment s’en sortir, il est indispensable de ne jamais se résigner au pire. Et pour cela, le mieux, consiste à ne jamais renoncer au meilleur, à continuer d’anticiper et d’investir sur lui.

Parier sur l’à venir des jours heureux et agir en conséquence est l’attitude la plus réaliste face à la crise. Encore faut-il en recevoir spirituellement la force. C’est ce en quoi consiste l’espérance chrétienne.

En célébrant la lumière au plus fort des ténèbres, l’abondance en plus fort du dénuement, la prospérité au plus fort de la misère, c’est, pour soutenir notre espérance, à une représentation de la résurrection en tant que franchissement heureux de la crise à quoi nous invite Noël.

P.-S.

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Les jours heureux
en 1944

Notes

[1] « Welfare State » Selon l’Encyclopedia Universalis, l’expression serait née en Angleterre en 1942, d’un jeu de mots qui l’opposait à Warfare State (état de guerre), et son « inventeur » serait l’archevêque de Canterbury, William Temple, apôtre contemporain du christianisme social.