La Bête à Bon Dieu
Dieu a-t-il vraiment dit ?
Entrer en débat avec Dieu
samedi 21 novembre 2009, par Richard Bennahmias

Ce qui se joue dans la manière dont nous abordons la littérature biblique, y compris au travers des passages qui nous choquent, c’est la qualité de la relation que nous entretenons avec Dieu.
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La fréquentation de la Bible n’a jamais cessé de nous confronter non seulement à des difficultés de compréhension, mais aussi à des passages qui nous heurtent dans nos convictions. Et à chaque fois, la parole du serpent à Êve « Dieu a-t-il vraiment dit », s’est insinuée en nous. Les lectures savantes auxquelles les Écritures ont été soumises depuis plus de deux siècles nous permettent certes de relativiser ce que nous y lisons. Nous comprenons bien que la situation spirituelle et morale de notre époque n’a rien à voir avec celle des temps bibliques. Mais de relativisation en relativisation, ne risque-t-on pas de faire perdre à la Bible son statut ?

Le canon des Écritures reste le canon

Quand j’étais étudiant en théologie, la mode était aux recherches qui visaient à extraire des Évangiles les vraies paroles du vrai Jésus, aux travaux sur l’authenticité des épîtres de Paul, les multiples rédacteurs du livre du prophète Ésaïe, les multiples sources du Pentateuque, etc. D’un commentateur à l’autre, les collections variaient et avaient une tendance certaine à refléter les options théologiques du commentateur. Force nous est de reconnaître aujourd’hui que la définition du Canon repose sur une convention que ces lectures savantes risquent de faire voler en éclats.

L’opinion selon laquelle l’Écriture « est » [1] la Parole de Dieu n’est certes qu’une opinion, mais, en tant qu’elle est partagée et transmise par la tradition, elle est constitutive de la foi. La définition du canon n’est certes que la traduction de cette opinion dans une convention, mais cette convention est constitutive de l’Église . Il ne tient qu’à nous d’y rester attachés.

L’identité de l’Église repose sur l’opinion partagée depuis des siècles selon laquelle « Dieu a vraiment dit » ce qui nous est transmis par la Bible. Mais en quoi consiste cette vérité ?

Dieu ne parle pas dans le vide

Quand l’Eternel créa le ciel et la terre, la terre était informe et vide … mais depuis ? Les Écritures témoignent d’un dialogue où la créature ne s’est pas toujours contentée de ramper sous les feuilles du jardin d’Eden chaque fois que son créateur élevait la voix. Les épisodes bibliques ne manquent pas où quelque chose de nouveau se négocie avec Dieu. Quant à nos traditions de lecture biblique, aussi savantes soient-elles, la seule vérité dont elles puissent se prévaloir est celle d’un dialogue continu et exigeant entre le commentateur et le texte, entre le lecteur et Dieu.

Où se situe la vérité de la Parole, sinon dans l’authenticité du dialogue que Dieu suscite entre lui-même et l’humanité ? Et si Dieu ne prend pas toujours des gants pour nous interpeller, est-ce une raison pour fuir, que ce soit par le rejet, l’esquive ou la soumission, sans oser faire valoir nos propres raisons ?

Les « textes qui fâchent » sont une Parole qui appelle notre parole : la parole d’une humanité debout devant Dieu. Au travers les Écritures, la Parole de Dieu convoque notre humanité au dialogue en vue de son émancipation. Ne nous dérobons pas devant la rudesse de l’interpellation, ni devant l’audace d’une réponse libre.

Notes

[1] Les modalités selon lesquelles la divinité est censée s’exprimer au travers des écritures peuvent varier, mais il n’en demeure pas moins que ce sont toujours des modalités de l’Être