La Bête à Bon Dieu
Dix ans après
France chrétienne, Europe chrétienne ? Pour qui ? pour quoi ?
mercredi 23 décembre 2009, par Richard Bennahmias

Au moment où nous nous aprêtons à fêter l’hypothétique naissance du héros tutélaire du christianisme, ces quelques considérations sur l’opportunité de célébrer le passage à l’an 2000 restent d’actualité.
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Je sais bien que la World Christian Encyclopédia prévoyait en 1986 qu’en l’an 2000, les chrétiens seraient 1.900.000.000 sur notre planète toutes confessions confondues, alors qu’elle évaluait à 1.200.000.000 le nombre probable de musulmans, 900.000.000 celui des hindouistes et 360.000.000 celui des bouddhistes. Mais je ne vois pas en quoi cela nous autorise, nous autres chrétiens, à faire de cette année 2000 de l’ère chrétienne une étape plus significative qu’une autre dans l’évolution de notre humanité.

Le comput des années à partir d’une hypothétique naissance de Jésus-Christ présente certes quelques avantages pratiques, à commencer par celui d’offrir, ou d’imposer, à notre humanité une convention chronologique universelle. Mais en dehors de cet aspect pratique et quotidien, nous savons tous que les hasards et les nécessités qui président à l’évolution de notre espèce ainsi qu’au morts et au naissances des civilisations se soucient comme d’une guigne de notre manière de compter les années. Je n’irai pas jusqu’à affirmer qu’un calendrier en vaut un autre, tout simplement parce qu’un calendrier et les célébrations au moyen desquelles il tente de donner sens à la course aveugle du temps sont un phénomène de civilisation.

Il n’y a pas de "civilisation chrétienne"

S’interroger sur l’homme du troisième millénaire, c’est poser la question de l’avenir d’une civilisation dont le calendrier affiche désormais le chiffre 2000. Pourtant, ce calendrier témoigne non pas de l’existence de ce qu’on pourrait appeler une « civilisation chrétienne » : il n’y en a pas. L’histoire de même de ce calendrier en témoigne. Pour que ce calendrier s’impose, il a en effet fallu qu’avec la conversion de Constantin en l’année 315, le christianisme acquière le rang de religion officielle de ce qui restait d’un empire romain menacé d’éclatement et de disparition.

L’Empire Romain n’est plus qu’un lointain souvenir, le Christianisme et le Judaisme sont encore là. Le Christianisme et le Judaisme dont il est dans une certaine mesure l’héritier ont survécu et survivrons à la chute de civilisations qui les ont marqués, à l’évolution desquels ils ont contribué et dont ils ont su conserver souvent le meilleur de l’héritage.

La célébration d’un echec

Dernière particularité qu’il partage avec le calendrier musulman et qui mérite d’être signalée, ce calendrier ne prétend pas débuter avec les origines de l’univers et situe le point zéro de l’histoire à peu près en son milieu. Il oblige à raconter l’histoire de notre humanité et de notre univers avec un avant et un après. Il élude la question de l’origine et de la fin de cette histoire. Que ce point zéro repose sur la vie et la mort d’un homme, que le choix de ce point origine ait été fait environ trois siècles après sa mort présumée sur la croix, que la fin des temps et l’ouverture de temps nouveaux qu’annonçait l’invraisemblable nouvelle de sa résurrection ne se soient pas manifestées avec l’évidence et la gloire attendue, rien de tout cela n’est sans signification.

Dans une certaine mesure, célébrer ces événements d’année en année, c’est célébrer brillamment l’histoire d’une déception, sinon d’un échec. Mais il s’agit d’une déception et d’un échec surmontés d’une manière particulièrement originale qui inscrit la notion de progrès comme l’effet de la grace de Dieu au sein même des équivoques de notre histoire humaine.

Rien à défendre, tout à offrir

Si on transpose ce constat en terme d’avenir, il s’agit de savoir quelle contribution positive un christianisme vieux de deux mille ans peut encore apporter à l’évolution de notre espèce.

Pour ce référer à la légende de Noël telle que nous l’ont transmises les écritures canonique. Le propos teintés d’intégrisme qui qui fleurissent actuellement dans les médias à propos d’identité chrétienne de la France ou de l’Europe me semblent aller à contre courant du génie du christianisme qu’il prétendent défendre. Ils trahissent une angoisse et une stratégie qui est ni plus ni moins celle d’Hérode.

Le christianisme n’a rien à défendre. Mais a-t-il quelque chose de nouveau à offrir ?