La Bête à Bon Dieu
bioéthique
Certitudes, inquiétudes et doutes
lundi 18 janvier 2010, par Richard Bennahmias

Les débats soulevés par la bioéthique sont symptômatiques du renversement de notre attitude vis à vis des sciences et des techniques. Nous sommes passés en quelques années des certitudes aux inquiétudes. Il est temps de convertir ces inquiétudes en doutes salutaires. Les sciences et les techniques ont avant tout besoin que nous doutions des buts auxquels nous les faisons concourrir.
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Ça ne s’appelait pas encore de l’éthique, et encore moins de la « bioéthique » : les militantes du mouvement « jeunes femmes » participaient activement et résolument à la création du Planning Familial. Il s’agissait d’introduire et de populariser les méthodes de contrôle des naissances. Les instances officielles de la Fédération Protestante de France accompagnèrent le mouvement par la diffusion de documents et de prises de position sans équivoque.

Au travers du slogan « Un enfant si je veux ! », la question qui présidait alors à la réflexion morale était celle-ci : « Que voulons nous ? ». La science était alors porteuse de promesses et les techniques servantes de nos projets.

À l’heure où la population de la planète s’approche des sept milliards, la question du contrôle de la natalité reste cruciale. Ce sont pourtant désormais les techniques de procréation assistée et de lutte contre la stérilité qui focalisent notre actuelle réflexion morale. Mais face à un progrès technoscientifique qui semble échapper à tout contrôle et prend souvent des allures de fatalité, nous sommes devenus précautionneux. La question « Où ça nous mène ? » s’impose à nous jusqu’à l’angoisse. Les menaces et les soupçons ont pris le pas sur les projets et les promesses. Nous ne pouvons plus répondre à la question « Que voulons-nous » sans nous demander si, par hasard, notre volonté ne serait pas animée d’un coupable désir de « toute-puissance » générateur de toutes sortes de servitudes futures.

Nos inquiétudes ne sont que la figure inversée de ce prétendu "désir de toute puissance" dont on fait trop grand cas aujourd’hui. La seule thérapeutique efficace contre lui, ça n’est pas l’inquiétude, mais le doute, ce compagnon inséparable de la confiance authentique. L’enjeu est aujourd’hui de transformer ces inquiétudes et ces soupçons en doutes salutaires, non pas pour paralyser notre recherche légitime d’une vie meilleure, mais pour l’orienter dans le sens de ce que nous voulons vraiment, pour nous-mêmes et notre descendance.