La Bête à Bon Dieu
Mort et résurrection de Dieu
Luc 15, 11 à 32
dimanche 14 mars 2010, par Richard Bennahmias

Ce que fait mourir notre parabole, c’est bien cette figure du dieu patriarche, despotique et tout puissant. Mais c’est pour faire naître une autre figure du père, plus vivante et plus libre.
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Un énorme malentendu

Quand on donne pour titre à cette parabole « Le retour de l’enfant prodigue », on commet une erreur.

En écoutant cette parabole, nous ne devons pas oublier que la vocation des parents, c’est d’aider leur enfants à grandir, à devenir adultes et à se séparer d’eux. Nous ne devons pas oublier non plus qu’il est sain pour les enfants de désirer voler un jour de leurs propres ailes. Quand nos enfants nous quittent, ça n’est ni un abandon, ni un péché.

D’abord parce que ça n’est pas l’enfant qui est « prodigue » : cette parabole nous parle de l’extraordinaire prodigalité du Père. Ce qui met le fils aîné en colère, c’est de n’avoir rien compris à l’inépuisable générosité de son père.

Ensuite parce, le plus jeune fils ne revient pas en arrière. Même s’il rencontre des obstacles, même s’il se trouve confronté à une impasse, même s’il fait « retour sur lui-même », même s’il lui faut l’aide du Père pour sortir de l’impasse, il continue d’avancer.

Avez-vous remarqué aussi que dans les deux paraboles qui précèdent, la brebis s’est perdue et la drachme a été perdue, il faut que quelqu’un aille chercher la brebis et que quelqu’un cherche la drachme. Elles ne reviennent pas toutes seules. Mais le fils ? Il revient tout seul. La preuve qu’il n’était pas perdu.

Souvenez-vous aussi de la manière dont les choses se passent avec Adam : Adam fuit. Il resterait enfermé dans sa fuite si Le Seigneur ne le faisait pas sortir du jardin et ne lui disait pas « tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. » Le fils cadet quitte la maison de son père et finit par se résoudre à manger son pain à la sueur de son front. Tout seul ! Et il trouve le courage de se présenter devant son père.

Et quand on entend le père dire : « Mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie. » on est obligé de penser à la passion, à la croix et à la résurrection de Jésus. Il y a quelque chose du Christ dans le personnage du fils cadet.

Mort d’un patriarche, naissance d’un Père

Les gens à qui Jésus s’adresse vivent dans une civilisation patriarchale. Quand le fils cadet demande sa part d’héritage, c’est déjà un objet de scandale.

Le fils cadet anticipe sur la mort du Père pour se libérer de sa tutelle. Quant au fils aîné, ça n’est pas mieux :il ne se résigne à la soummission que parce qu’il attend la mort de son père pour jouir de son droit d’ainesse et être à son tour le patriarche.

Pourquoi continuons nous de nous représenter Dieu comme un patriarche ? Ce que fait mourir notre parabole, c’est bien cette figure du dieu patriarche, despotique et tout puissant.

Mais c’est pour faire naître une autre figure du père, plus vivante et plus libre.

« Ce qui est à moi est à toi », dit le Père au fils aîné. Le Père doit-il mourir pour que les fils usent librement de l’héritage ? Le Père doit-il perdre pour que les fils gagnent ? La parabole nous dit que non.

La parabole nous raconte l’histoire d’un père et d’un fils qui reviennent l’un et l’autre ensemble à la vie.

Le fils cadet prend sa liberté. Il vie sa vie. Il dilapide sa part d’héritage. Le voilà sans ressources. Il se met au travail pour gagner lui-même sa vie. La vie est dure, il a faim.

La faim est bonne conseillère : Il se souvient que son Père est un bon patron : chez son père, se nourrir de sa propre activité vous nourrit bien. Mais il tient à rester autonome : vivre de son travail, c’est sa dignité d’homme. Il demandera donc à son père de l’accepter comme ouvrier.

Mais la faim est aussi mauvaise conseillère : Il considère que son départ et son émancipation sont un péché contre son Père.

Regardez bien ce que fait le Père : il ne laisse pas son fils terminer sa « confession des péchés ». Il le relève, le réssuscite, le rétablit dans sa dignité d’homme et de fils.

La fête qui suit nous donne à penser que les biens du Père sont inépuisables. Même si le fils aîné se comporte comme si ce qui était accordé à son frère était pris sur sa propre part.

L’héritage caché et inépuisable

Si le plus jeune fils peut partir, c’est que parce que, dès le début, l’héritage comporte une part cachée ; cette part est la plus importante. Elle part tient en trois mots : confiance, attente et prodigalité. Ou en d’autres termes : foi, espérance et amour. Partager cette part là, c’est toujours la multiplier. Elle est inépuisable.

Le père laisse partir son fils parce qu’il a confiance en lui, confiance dans les ressources propres de son fils. Il a foi en son fils et il faudra l’expérience de la faim pour que le fils renoue avec cette foi.

Même quand son fils est loin, le père attend, guette son retour, espère. Et cette espérance agit, même au loin. Au coeur de l’expérience de la faim, l’espérance du Père suscitera l’espérance du fils : « Peut-être que chez mon Père … »

La part d’héritage prélevée par le fils a-t-elle vraiment appauvri le père. Il faut croire que les biens du père ont continué à se multiplier pour qu’il offre en l’honneur de son fils une fête d’une telle prodigalité. Cette créativité et cette générosité sans cesse renouvelée, c’est l’amour du Père. De cette créativité, de cet amour, les fils en sont héritiers, même s’ils ne s’en rendent pas compte. Si, au lieu de se laisser mourir, le fils a le courage de se mettre au travail, c’est parce que, sans le savoir, il a hérité de cette créativité.

La résurrection de Dieu

Dans l’aventure du retour de son fils, le Père qui revient à la vie, c’est un Père confiant, espérant et aimant. La source de la confiance, de l’espérance et de l’amour dont nous avons besoin pour vivre notre vie d’adultes.

Le péché, dans cette histoire, ça n’est pas d’être séparé du père : c’est en nous séparant de lui qu’ils nous a créé, nous et notre univers ; ça n’est pas de nous émanciper de sa tutelle : c’est son désir le plus cher. Le péché, c’est d’oublier son amour, de le nier ou de s’y opposer ; c’est de couper le lien de la confiance, c’est de renoncer à l’espérance.

Qu’est-ce qu’un Dieu Père, si ça n’est pas un Dieu dont le projet vise avant tout l’émancipation de ses enfants, le développement de leur autonomie, de leur propre créativité, de leur propre personnalité, de leurs propres projets. C’est ce bonheur que Dieu veut pour chacune et chacun de nous, c’est pour ce bonheur qu’il nous a créés et qu’il continue d’animer notre univers. C’est en vue de ce bonheur que sa confiance, son espérance et son amour sont toujours proches et disponibles quand nous nous trouvons confrontés à des impasses ou a des obstacles.

Cela vaut pour chacune et chacun de nous personnellement, mais cela vaut aussi pour notre humanité, particulièrement aujourd’hui où le projet d’émancipation qui l’animait semble buter sur des impasses politiques, économiques et écologiques.

Frédéric Nietzsche fait dire à l’insensé : « Dieu est mort, nous l’avons tué ! » Et l’angoisse qui s’ensuit décrit assez bien la situation morale et spirituelle de notre temps. Mais nous, serions-nous capables de dire : « Mon Père que voici était mort et il est revenu à la vie. » ?





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