La Bête à Bon Dieu
Incipit lamentatio Jeremiae prophetae
Mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu …
mardi 18 mai 2010, par Richard Bennahmias

Par la bouche de Jérémie, au plus profond et au plus cruel de l’adversité, alors que la contemplation de son malheur l’aveugle, Jérusalem commence son examen de conscience.
Sion a peut-être mérité les maux qui l’accablent, mais nous ?
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Il est juste, le Seigneur, puisque j’avais désobéi à son ordre

Lamentations 1, 1-22

"Mais qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu pour qu’il m’arrive une chose pareille ?!"
De notre réponse à cette question insidieuse dépend que nous sombrions plus profond encore dans le marasme ou que nous trouvions la force de rebondir et de lutter.

Que nous soyons ou non responsables des maux qui nous frappent, qu’ils soient ou non la conséquence de fautes ou d’erreurs que nous aurions commises, et dont nous serions coupables, quand le malheur nous aveugle, nous y résignerons-nous comme à une punition méritée ? Ou bien retrouverons-nous le chemin de la confiance ?

Au delà de la contemplation complaisante des malheurs de Sion, c’est ce chemin que Jérémie nous invite à parcourir avec lui.

Tes prophètes ont des visions pour toi : du vide et de l’insipide ; Ils ne dévoilent pas ta perversité, ce qui retournerait ta situation.

Lamentations 2, 1-22

Il se pourrait bien …
quand même …
parfois …
au moins en partie …
que les maux qui nous accablent soient de notre propre fait.
Non ?

Il se pourrait peut-être que certains de nos malheurs ne soient pas la conséquence d’une adversité étrangère, mais de mauvais chemins que nous aurions pris, autrefois ; des choix, des erreurs, des fautes qui ont fait bifurquer notre vie et dont nous ne nous souvenons peut-être même plus ; des croyances, des convictions ou des opinions auxquelles nous restons coûte que coûte attachés et qui, pourtant, nous égarent sur les chemins du vide et de l’insipide.

Nous refrayons les mêmes chemins, nous retombons dans les mêmes ornières et, pour finir, nous nous trouvons confrontés aux mêmes catastrophes.

Qui nous dévoilera alors notre perversité ?
Qui osera affronter notre opiniâtreté dans l’aveuglement ?
Si nous ne reconnaissons pas d’abord nous-mêmes que nous nous sommes nous-mêmes égarés et que nous sommes perdus.

Je me souviens, je me souviens, et je suis miné par mon propre cas. Voici ce que je vais me remettre en mémoire, ce pourquoi j’espérais.

Lamentations 3, 1-20

"Je me souviens des temps anciens et je pleure."

La génération à laquelle j’appartiens avait devant elle un avenir ouvert et souriant. Nous nous moquions déjà des "lendemains qui chantent", mais la musique de nos lendemains sonnait en mode majeur. Nos enfants, quel avenir s’ouvre-t-il devant eux ?

Nous nous souvenons beaucoup aujourd’hui … Nous nous en voudrions de sombrer dans la nostalgie, mais nous ne pouvons nous empêcher d’y sacrifier.
Nous pleurons sur nos erreurs passées.
Nous pleurons sur nos bonheurs passés qui, c’est évident, ne reviendront plus.

Faudra-t-il que nous pleurions aussi sur nos espérances passées ?

Les crises que nous traversons nous condamnent-elles à envisager l’avenir comme un enfer à l’entrée duquel il nous faudrait abandonner toute espérance ?
Nos erreurs, nos fautes et l’insolence de nos bonheurs ont-ils tué ce pourquoi nous espérions ?

"Les bontés du Seigneur ! C’est qu’elles ne sont pas finies ! Elles sont neuves tous les matins."

Quand on fausse le droit de l’homme à la face du Très Haut, quand on fait tort à un homme dans son procès, le Seigneur ne voit pas ?

Lamentations 3, 21-39

S’il se tait, qu’est-ce que ça change, que le Seigneur voie ?
Pourquoi la parole de Jérémie prend-elle la forme du démenti et de l’interrogation ?

Jérémie proteste contre celles et ceux qui croient que notre Univers est non seulement fini, mais clos, et que la meilleure stratégie de survie en son sein, c’est la guerre de tous contre tous, en se nourrissant à la sueur du front d’autrui, par exemple. La protestation de Jérémie est le premier effet du regard de Dieu.

Jérémie désigne un enjeu : notre univers est non seulement créé, mais toujours et encore en création. Rien n’y est jamais joué d’avance, rien n’y est jamais définitivement perdu ou gagné. Les bontés de Dieu ne sont pas infinies, mais chaque matin, le Seigneur les renouvelle. Le salut y est avant tout affaire de confiance.

Par son regard sur l’arrogance des vainqueurs et sur l’injustice faite à leurs victimes, Dieu bat en brèche la cloture de notre monde. Et par cette brêche s’engouffre l’espérance. Par elle, Dieu agit.