La Bête à Bon Dieu
Spiritualité et (homo)sexualité
quelques réponses
mercredi 2 juin 2010, par Richard Bennahmias

J’ai un problème avec la spiritualité …
Parler de « spiritualité », n’est-ce pas seulement une manière pudique de parler de religion. Une façon d’éluder l’ancrage social et historique de la spiritualité, sa généalogie. Il n’y a pas de spiritualité sans héritage spirituel transmis d’une génération à l’autre par une tradition. Et je ne vois pas quoi d’autre que les religions pour assurer ce passage de relais.
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C’est quoi l’esprit ?

Est-ce que c’est seulement « moi, je » ?

• La spiritualité consiste-t-elle seulement à envisager la connexion de mon petit « moi,je » à moi avec un « Moi, Je » plus global. Peut-on laisser le « Nous » de coté ? Avec ou sans grand « Moi, Je »,. mon petit « moi, je », il se construit à partir du « nous » qui l’environne et le précède.

• Qu’est-ce que « l’esprit » sinon l’ensemble des énoncés au moyen desquels « moi-je » tente de me débrouiller tant bien que mal avec moi-même, avec les autres et avec l’environnement au sein duquel je et nous avons à survivre.

Accepter l’héritage sous réserve d’inventaire

J’ai hérité de la plupart des croyances au moyen desquelles j’organise mon rapport à moi-même, avec les autres et avec le monde ; ces croyances m’apparaissent en général comme des évidences , comme si mon environnement, la société et moi-même étions par essence ce que j’en crois. Et dans la plupart des cas, ça marche. Mais parfois ça me joue des tours. Si je suis encore théologien, c’est parce que j’ai décidé, il y a longtemps de faire a priori et globalement confiance aux croyances qu’on m’avait transmises. D’accepter l’héritage … sous réserve d’inventaire.

La spiritualité

La « spiritualité », c’est pour moi une discipline, une hygiène ou une culture de mon « moi, je ».

• C’est un repérage fréquent des énoncés de croyance qui me constituent, une explication avec eux. C’est un exercice de réflexivité : de retour sur moi-même. Je ne suis pas très « priant ». Mais je sais que l’apprentissage de la prière quand j’étais enfant a formé ma réflexivité. Et quand je réfléchis, je crois bien que c’est presque toujours devant Dieu, ce grand « moi-je » absent.

• Pour moi, la spiritualité consiste à être attentif à la qualité de mes croyances, à la qualité de la syntaxe qui les articule entre elles en un réseau plus ou moins cohérent, et plus ou moins ouvert. La réflexivité ou le retour sur soi, c’est ce qui me permet d’exercer un minimum de contrôle sur mes croyances, sur la manière dont elles commandent mon rapport à moi-même et au monde.

• Ma spiritualité comporte aussi une dimension de « retour sur expérience ». Puis-je repérer les croyances qui me plombent ? Puis-je en acquérir ou en inventer d’autres ? Puis-je le réorganiser ?

Religion et sexualité

La force vitale du désir.

• Qu’est-ce qu’on peut faire (et se faire) de bien avec ça sans nuire à autrui ?

• Qui décide du bien qu’on peut faire avec ça ?
• Comment utiliser cette force vitale au profit du « vivre ensemble » ?

Relents de paganisme et homophobie

• La religion chrétienne est l’héritière de conceptions cosmiques qui marquent encore très profondément nos mentalités. Le modèle hétérosexuel, par exemple, qui reste encore compris comme le modèle « naturel », comme si la sexualité humaine était une participation aux noces de la terre et du ciel, comme si la stabilité de l’ordre du monde (chez certains lacaniens : l’ordre symbolique) dépendait de la répétition rituelle de leur accomplissement par chacune et chacun d’entre nous. Il y a de cela dans la conception sacramentelle du mariage.

• Une sexualité entre personnes du même genre non seulement contreviendrait à cet ordre, mais risquerait de le faire s’écrouler. Cela se lit entre les lignes dans les propos de certains de mes collègues qui font référence à la psychanalyse lacanienne : faire rentrer la conjugalité homosexuelle dans l’ordre de la loi risquerait de déstabiliser l’ordre symbolique.

• La polarité homme/femme n’est pas naturelle. C’est une construction culturelle très ancienne qui structure notre compréhension du monde et donc notre spiritualité. C’est une convention très ancienne dont nous pouvons difficilement nous passer pour nous orienter dans la vie. Un poteau indicateur, mais pas un totem.

sexualité et spiritualité

Qui m’autorise

• En matière de spiritualité comme de religion, il est une croyance, bien ancrée dans nos mentalités, selon laquelle nous aurions besoin de l’autorisation ou de la garantie d’une puissance supérieure pour nous construire nous-mêmes. Ça peut être Dieu, mais aussi la nature, la raison, la tradition, etc. Que la condition de notre bonheur réside dans l’accomplissement d’un programme ou un modèle transcendant. Même si on évacue la religion, c’est un piège pour « la spiritualité ». Par exemple : chercher dans la Bible des justifications à la construction d’une personnalité homosexuelle est aussi stupide que d’y chercher des justifications à l’homophobie.

• En dernière instance, nous sommes seuls responsables de notre héritage naturel, culturel ou spirituel et seul responsables de la manière dont nous nous débrouillons avec lui. La spiritualité est une manière d’assumer cette responsabilité.

Seulement respecter ?

• La seule règle, et à mon avis c’est une convention de bon sens, même si la divinité s’y rallie, en matière de sexualité comme en tout autre matière, c’est le respect d’autrui et de son Bien. Je dis bien le respect et non pas le désir de faire le bien d’autrui, qui est à peu près aussi dangereux que le désir de lui faire du mal…

• Le problème, c’est que si on se contente de respecter, il ne se passe pas grand chose. Rien ne bouge.

Négociation créatrice

• J’ai besoin de l’autre pour me construire… et réciproquement. J’ai aussi besoin de m’expliquer avec celles des convictions les plus sacrées de mon héritage, avec mon dieu ou mes dieux.

• Ça n’est jamais aussi évident qu’en matière de sexualité. Ce ne sont pas seulement des corps qui se frottent l’un à l’autre ; ce sont aussi deux conceptions du bien qu’on peut se faire et se construire qui s’interpénètrent. Suis-je obligé de me soumettre ou de soumettre ? Pourquoi ne pas négocier ? Cela vaut aussi dans la manière dont j’intègre ma sexualité dans ma spiritualité. Mes dieux ou mon dieu sont-ils des despotes ou des esclaves ? Ou bien des vis-à-vis et des partenaires ? Puis-je entrer en conflit avec mes dieux ou mon dieu sans en être irrémédiablement blessé ? Puis-je m’affirmer en confiance devant eux ?

• En matière de spiritualité tout particulièrement nous sommes des créateurs. La spiritualité est un espace poétique. Et à cet égard, la sexualité ouvre un vaste champ de « retour sur expérience » à la spiritualité. Dans les négociations que nous entreprenons avec nos dieux, leurs laissons-nous la liberté d’évoluer eux aussi ?

Notre homosexualité transforme-t-elle notre vie spirituelle ?

• Qu’on la considère comme d’origine naturelle ou culturelle, l’homosexualité (comme la transsexualité) relève de l’héritage. Nous sommes d’abord ce que les gènes qui nous constituent et les paroles qui nous ont précédés nous donnent d’être. Et puis, il y a le « moi-je » qu’il nous revient à nous seuls de construire, parce que ce donné est une ouverture.

Un héritage inaccompli

• Je ne suis pas certain que l’affirmation selon laquelle l’homosexualité serait une manifestation d’immaturité soit vraiment un reproche. On sait quel rôle l’immaturité de l’être humain à la naissance a joué dans l’évolution de l’espèce humaine.

• Les animaux naissent accomplis, les êtres humains non. Tout notre développement technique, scientifique, culturel, spirituel trouve son origine dans cette immaturité fondamentale. Nous naissons inaccomplis et quand nous sommes accomplis, c’est que nous sommes morts.

• La sexualité humaine, la diversification croissante de ses manifestations, sa tendance à se sublimer dans des manifestations intellectuelles et spirituelles, cela est le fait de cet inaccomplissement.

La part discordante de l’héritage

• L’homosexualité n’est pas la seule donnée par laquelle se manifeste l’inaccomplissement de la personnalité humaine, mais elle en est une, de taille, et dont nous sommes porteurs.

• Il nous faut faire de très coûteux efforts pour nous aveugler nous-mêmes sur cette part discordante de notre héritage. Surtout quand nous souhaitons nous soumettre à un modèle de vie spirituelle accompli. Tant que nous ne la reconnaissons pas, ce refus plombe notre vie spirituelle.

• Je ne pense pas que l’homosexualité soit une maladie dont on puisse guérir (Elle a été pour moi source de trop de joie et de bonheur), mais je ne crois pas non plus qu’elle soit un destin ou une fatalité. Je crois que, du fait de leur inaccomplissement, nos personnalités sont en recomposition permanente. Après tout, on peut décider de rompre avec cette part-là de son héritage. Mais ça prend du temps, et je me demande s’il y a assez d’une vie pour ça…

• À partir du moment où nous la reconnaissons et ou nous la recevons comme un bien, je crois que l’espace de jeu qu’elle introduit dans notre structuration personnelle est un extraordinaire stimulant à notre créativité intellectuelle et spirituelle.





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