La Bête à Bon Dieu
La recherche du bonheur
vendredi 28 janvier 2011, par Richard Bennahmias

Tous les hommes sont créés égaux, ils sont doués par le créateur de certains droits inaliénables : parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Ce n’est pas la Bible qui le dit, mais la Déclaration d’Indépendance des États Unis d’Amérique, proclamée le 4 juillet 1776. La recherche du bonheur… vaste programme… promis à bien des déceptions et à bien des échecs. Mais à quoi bon vivre sur terre, si ça n’est pas pour y être heureux… Si le bonheur n’est pas le sel de nos existences, alors nos existences sont bonnes à fouler au pied.
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Être bienheureux ! Pour les grecs du temps de Jésus, c’était là le sort envié des dieux. Être bienheureux ! Pour les juifs du temps de Jésus, c’était être sous la bénédiction de Dieu.

Aujourd’hui comme hier, le bonheur, c’est bien plus un idéal que nous voudrions atteindre qu’un état de fait dans lequel nous nous trouverions. C’est une recherche… bien souvent désespérée ! Dès que je me pose la question “suis-je heureux ?”, je compare mes désirs à la réalité et je suis forcé de constater qu’entre mon bonheur et la réalité, il y a un abîme. On court, on court, et au bout du compte, le bonheur nous file entre les doigts. À moins, peut-être, de se contenter de ce qu’on a et de prendre le parti d’en jouir pleinement. À condition d’en avoir les moyens. À condition d’avoir quelque chose dont on puisse se satisfaire et de refouler toute cause d’insatisfaction. Pour que cette insatisfaction vienne finalement pourrir notre bonheur de l’intérieur.

Se laisser étonner

Le bonheur, ça n’est pas seulement ce qu’on cherche, c’est aussi ce qu’on rencontre au bord du chemin, la bonne surprise. Le bonheur, c’est aussi le contraire du malheur, de la mauvaise rencontre, de la tuile qui vous tombe sur la tête. Ce qu’il y a de bien avec les malheurs, c’est qu’ils sont comme les coups. Ça fait mal, alors il n’y a pas besoin de se pincer pour y croire. Mais les bonheurs, petits ou grands, pour être en mesure de les accueillir, il faut être toujours prêt à se laisser étonner. Et il y a des moments dans la vie où le malheur prend tellement de place que nous ne sommes plus capables d’accueillir les bonheurs qui passent malgré tout à notre portée. Alors, c’est le Diable qui gagne la partie.

Je me demande si les pères fondateurs des États Unis d’Amérique n’étaient pas eux aussi inspirés par le Diable. Si le bonheur est le sort réservé aux dieux, rechercher le bonheur, c’est vouloir être comme des dieux. Et c’est cette volonté d’être comme des dieux qui a plongé Adam et Ève dans ce mélange de bonheur et de malheur qui est aujourd’hui encore notre lot à tous. Si Adam et Ève n’avaient pas voulu connaître le bien et le mal, leurs rencontres avec Dieu seraient toujours restées naïvement heureuses. L’histoire de la chute est l’histoire d’une rencontre avec Dieu qui tourne mal, à cause de l’homme, parce que l’homme n’accepte pas les limites du bonheur que Dieu lui a réservé. Ce n’est pas un droit à la recherche du bonheur que Dieu nous donne, mais le bonheur lui-même. Quand un bonheur vient à notre rencontre, que nous l’accueillions ou pas, que nous manifestions ou non notre reconnaissance, c’est un miracle qui nous est offert par Dieu.

La bonne rencontre

Dans les béatitudes, Jésus nous parle de la recherche du bonheur d’une manière étonnamment lucide. Les pauvres de cœur, ce sont ceux qui n’ont pas grand-chose dans le cœur ou dans le porte-monnaie, sinon beaucoup de place vide à cause des blessures et des galères de la vie. S’ils font avec, je ne suis pas sûr qu’ils s’en satisfassent ; sinon ils ne seraient plus pauvres. Il y a des gens, quand vous leur marchez sur les pieds, ce sont eux qui s’excusent : ce sont les doux, toujours à la peine, et qui ne se plaignent jamais. Il y a ceux qui sont d’autant plus révoltés par les malheurs des autres qu’ils ne savent pas quoi faire pour leur porter secours : ce sont ceux qui ont faim et soif de justice. Il y a aussi ceux qui passent outre les avanies qu’on leur fait subir parce qu’ils ont compris que c’est la seule issue pour continuer d’avancer dans la vie : ce sont les miséricordieux. Et il y a les purs, dont les vilainies du monde viendront toujours endeuiller le cœur. Pauvres gens à qui, toujours, le bonheur semble faire défaut et à qui, pourtant, le sel de la vie ne vient jamais à manquer.

Et c’est à eux que Jésus annonce qu’ils sont heureux. On a de la peine à le croire. C’est bien gentil d’affirmer que demain ces gens auront la terre en partage, qu’ils seront consolés, rassasiés, qu’il leur sera fait miséricorde, qu’ils verront Dieu. Vous qui êtes dans la galère, continuez à ramer et à supporter les coups des gardes chiourmes. Soyez dans la joie, car votre récompense est grande dans les cieux. Alors que c’est aujourd’hui, ici et maintenant, qu’on est dans le malheur. Ou bien Jésus est l’allié de tous ceux qui profitent aujourd’hui du malheur des autres, ou bien c’est autre chose qu’il veut nous dire.

“Heureux les pauvres de cœur, le royaume des cieux est à eux. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, le royaume des cieux est à eux.” Quand il dit cela, Jésus nous en dit encore plus sur le bonheur. Heureux êtes vous ! Ici et maintenant ! Le bonheur, la bonne rencontre est là ! Dans la galère ! Parce que Jésus y rame avec nous. Comme par miracle, comme quelque chose d’inespéré et qui pourtant arrive, comme ces bonheurs que Dieu offre et qu’il faut savoir reconnaître et accueillir quand ils passent.

Quand Dieu se donne à voir

La bénédiction proclamée sur ceux qui font œuvre de paix est la clef de ce mystère. “Heureux ceux qui font œuvre de paix, dit Jésus, car ils seront appelés fils de Dieu”. Les fils de Dieu, ce sont ceux par qui la rencontre de Dieu avec les hommes se manifeste de façon heureuse, ceux par qui Dieu se manifeste comme le Père qui nous aime. Ceux qui font œuvre de paix, ce ne sont pas ceux qui crient “paix ! paix !” à temps et à contre temps, ni ceux qui se mettent à l’écart des conflits du monde pour témoigner de ce que le Royaume de Dieu est dans les cieux et pas sur la terre, pour demain et pas pour aujourd’hui. Les artisans de paix sont ceux qui, eux-mêmes engagés dans des conflits, restent toujours ouverts au miracle de la paix. Ceux qui, au plus fort d’un combat où ils reçoivent et donnent des coups, savent aussi saisir les offres de paix de l’adversaire, ceux qui osent parier sur l’humanité de leur ennemi et faire preuve de miséricorde à son égard. Ceux qui, engagés au plus fort du combat savent malgré tout renverser la vapeur de la haine et de la violence. Ce sont eux qu’on assassine comme des traîtres et dont la vie est sans cesse menacée par la haine de leurs compagnons d’armes les plus obtus ou les plus intéressés. Ceux-là, ils sont réellement persécutés à cause de la justice de Dieu. Ceux-là, contre toute attente, miséricorde leur a été faite : leur ennemi leur a fait miséricorde, il a lui aussi passé outre les blessures du passé. Et c’est miracle : Dieu s’est donné à voir dans le bonheur de leur rencontre.

Jésus nous en dit encore plus sur la recherche du bonheur : le bonheur n’est pas seulement l’obscur objet de notre désir. Ce n’est pas un droit que nous pourrions revendiquer à la face de Dieu ou du monde. C’est une promesse dont nous avons hérité. Depuis qu’Adam et Ève s’étaient défiés de Dieu, nous étions incapables de croire que Dieu voulait faire la paix avec nous. Et, pour renverser la vapeur de la méfiance, de la haine et de la violence, Dieu a engagé sa propre vie sur la croix, en son fils Jésus Christ. La promesse de paix est désormais fermement plantée au cœur de notre histoire, bonheur offert à qui osera le reconnaître et l’accueillir.

Crédit illimité

Les conflits dans lesquels nous sommes engagés, que ceux-ci soient intimes ou publics, personnels, familiaux, ethniques, sociaux, économiques ou que sais-je encore, c’est là que Dieu se donne à rencontrer, c’est là qu’il se donne à voir. Il nous donne le courage d’y risquer toujours à nouveau la foi, l’espérance et l’amour. La récompense que Dieu nous a promise dans les cieux, c’est comme un crédit de bonheur illimité qu’il nous aurait ouvert sur le compte de Jésus-Christ. Et ce crédit, c’est dès aujourd’hui, ici et maintenant, que nous sommes invités à l’engager en pariant sur la douceur malgré la dureté des temps, en pariant sur la consolation malgré les larmes, en pariant sur la justice malgré l’injustice, en pariant sur le pardon malgré la soif de vengeance, en pariant sur la pureté de cœur malgré la perversité du monde, en pariant sur la paix malgré la haine. C’est ainsi que Dieu a choisi de redonner du sel à nos existences que le malheur avait privées de leur saveur.





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