La Bête à Bon Dieu
Mon pote Marc est revenu
introduction à l’Évangile de Marc
dimanche 13 février 2011, par Richard Bennahmias

Nous étions attablés à siroter une anisette au comptoir du Cana’s Bar, le bistrot qui nous sert de quartier général, quand la silhouette d’un vieux pote disparu dans la nature depuis plus d’un an s’est soudain profilée dans l’embrasure de la porte
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Tiens ! un rev’nant ! Ben ça alors ?
Qu’est-ce que tu d’viens ?
On t’croyait mort !
Ça fait plaisir de t’voir en forme. Mais t’as maigri.
Beaucoup marché ? Ah bon ! Pourquoi ?
Hein ? Qui ? Jésus ? C’est qui, c’ui là ?
C’est pour le suivre comme un p’tit chien qu’tu nous as laissé tomber.
Où ça qu’tu l’as rencontré ce type ?
À la maison ? Quelle maison ?
Ah oui, « La Maison », chez la môme Marie-Madeleine. Ben c’est du joli !
C’est elle que t’as suivi ou bien ce … comment déjà ? ah oui, Jésus.
Ouai, vaguement entendu parler. Un sacré baratineur, à c’qu’i paraît. Un peu rebouteux sur les bords aussi, à c’qu’on raconte. Et la dent dure contre les rupins, les bigots et tout l’toutim.
Il aurait pas un peu mal fini ? Enfin, c’est c’qu’on dit, ça m’étonnerait pas.

Pourquoi tu pleures ?
Comme si t’aurais quequ’chose à t’reprocher ? Quoi ? ressuscité ?
Là, tu nous prends pour des caves !

Pourquoi t’as plein d’étoiles dans les yeux ?
Un type à part, que tu dis ? Ben alors, vas-y, explique-toi.

Et notre pote Marc s’est mis à raconter. Une année de vadrouille dans les bleds les plus paumés de Palestine avec une bande de sans feu ni lieu qui avaient tout plaqué pour le suivre.

Les coups de gueule de son Jésus, ses confidences aussi, les boiteux qui marchent, les aveugles qui voient, les sourds qui entendent, les parties de cache à cache pour échapper aux sbires de Caïphe ou aux foules qui se précipitaient à sa suite, toujours plus nombreuses à boire ses paroles, les tempêtes affrontées sur des coquilles de noix, les foules qui venaient lui manger dans les mains.

Un succès fou : on le voyait déjà balancer les romains à la mer et prendre le pouvoir à Jérusalem.
Sûr ! c’était d’un leader comme ça que le peuple voulait.
Sûr ! Dieu était de son coté : un rayonnement, une présence.

Et eux qui ne comprenaient pas pourquoi leur Jésus leur imposait le silence là dessus, comme pour écarter une menace.

Et Marc alignait anecdotes sur anecdotes, reprenant son souffle entre deux gorgées de muscat et un morceau de fougasse : des histoires dont il avait été lui-même témoin, des paroles qu’il avait lui même entendues, et puis d’autres histoires et d’autres paroles qu’on lui avait confiées, de seconde main, mais qui collaient si bien avec son Jésus.

Plus d’une heure qu’on est resté là, pendus à ses lèvres. Allez, raconte ! raconte encore !
Comme si on y était, j’te dis.

Par moment, Marc était tellement pris par son histoire, tellement passionné, sa voix changeait, prenait tout à coup de l’ampleur et du soufle, ça n’était plus lui qu’on entendait, mais son Jésus qui parlait, qui nous invectivait, nous consolait, nous ordonnait de nous lever, de nous ouvrir, d’avoir confiance.

Pour un peu, le patron lui aurait aussi servi une anisette, à Jésus, là, au coin du bar. J’t’assure, il était là, à coté de Marc, à le toucher !

Et d’écouter Marc, ça nous donnait soif, ça nous donnait faim, comme si on avait nous aussi affronté la poussière et la chaleur des chemins à sa suite.
Tout l’anisette et toute la fougasse y sont passés.
Et tu veux que j’te dise ? Quand Marc s’est arrêté de parler, on s’est tous regardés : les étoiles que Marc avait dans les yeux, il nous les avait refilées. Je crois bien qu’on se sentaient tous meilleurs, requinqués, lavés, guéris, aimés. Son Jésus, c’était le nôtre.