La Bête à Bon Dieu
Dieu sauve le capitalisme !
Méditation sur Lévitique 25
dimanche 1er avril 2012, par Richard Bennahmias

Il est facile de comprendre pourquoi les prescriptions économiques et sociales développées dans le chapitre 25 du livre du Lévitique n’ont jamais été mises en application. Mais face à la crise qui nous frappe, il est peut-être encore temps de les prendre au sérieux.
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La lecture du chapitre 25 du Lévitique est trop ardue, on se perd dans la comptabilité de ce qui a été vendu, acheté, loué et qui doit ou non être restitué, loué ou racheté, selon que les intéressés sont lévites, simples israélites ou étrangers. Derrière cette casuistique se cache une conception trop paradoxale des conditions nécessaires au fonctionnement d’une économie durable. L’affirmation de la grâce sur laquelle elles s’appuient, bien que martelée de l’Exode aux Prophètes, n’en heurte que trop notre sens de la propriété : « le pays est à moi ; vous n’êtes chez moi que des émigrés et des hôtes »23. « C’est moi, le SEIGNEUR, votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays d’Égypte pour vous donner le pays de Canaan, afin que, pour vous, je sois Dieu »38.

Entraves à la grâce

Le message est clair : nous ne sommes que des occupants à titre gracieux de l’univers dans lequel nous sommes plongés : invités à jouir de sa fécondité et de sa générosité, à y contribuer aussi, à y exercer une créativité dont nous sommes héritiers et qui ouvre devant nous un vaste champ d’initiatives.

Mais notre nature encline à la méfiance et à la défiance à l’égard de Dieu, l’âpreté au gain, l’avarice et la cupidité que ce travers suscite en nous viennent toujours à nouveau entraver le profit que nous pourrions tirer de la générosité du dynamisme créateur. Pire : notre contribution au développement de cette dynamique peut s’en trouver annihilée, tant notre créativité dépend de notre capacité à échanger entre nous les produits de notre industrie. Tenter de figer le flux vital, accumuler ce qu’il offre à notre jouissance et produit au travers notre créativité, c’est le stériliser, aussi généreux soit-il.

Théologie et comptabilité

Avoir confiance dans la générosité du Seigneur n’interdit pas de tenir un compte précis des produits, des charges, des actifs, circulants ou non, et des réserves propres ou empruntées qui constituent ce qu’on appelle le passif. Il n’y a pas de projet sans budget et pas de promesse sans les ressources pour les accomplir. Mais à trop charger le passif par l’épargne ou l’emprunt, on neutralise l’actif. Et à trop accumuler les liquidités, on les gèle.

Mais comment est-il possible que les produits soient supérieurs aux charges, que l’activité engendre du profit et crée des biens, sans que dans la comptabilité générale de l’univers ne fasse apparaître un déséquilibre fondamental ? Le dynamisme créateur de Dieu ne peut être soumis aux règles d’équilibre qui garantissent l’exactitude, la sincérité et la vérité de la comptabilité. Mais sans lui, la comptabilité perd toute raison d’être.

L’Esprit évangélique du capitalisme moderne

Dans la crise économique que nous traversons aujourd’hui, notre capitalisme moderne est atteint d’une maladie à la mort dans laquelle le précipitent aussi bien ceux qui, à partir d’une lecture superficielle de Marx souhaitent en finir avec lui et de l’autre, bien plus surement encore, par les tenants et les tenanciers d’une finance qui, à force d’obsession de l’équilibre, en est réduite à ne plus financer qu’elle-même.

Deux tentations dont nos pères calvinistes et puritains avaient su se libérer ouvrant ainsi à notre Europe, en commençant pas les Pays-Bas, une ère de prospérité et d’abondance. Avant eux, soit on accumulait la monnaie par crainte des mauvais jours précipitant ainsi les malheurs mêmes qu’on voulait conjurer, soit on la dilapidait en dépenses princières et somptueuses histoire d’en profiter avant que le malheur n’advienne. Après eux, on l’investit dans des entreprises incertaines mais prometteuses où le travail est le vecteur de la grâce et où la monnaie est le flux vital qui lui permet de s’exprimer. À ce jeu, tout le monde gagne, peu ou beaucoup, mais tout le monde gagne.

Mais veut-on encore jouer ? Et jouer ensemble ?

Nous avons tous joué aux billes dans la cour de récréation. Parmi nos camarades, il y en avait qui étaient forcément meilleurs que d’autres. Et forcément, il y avait toujours un moment où ils avaient raflé toutes les billes. Si les meilleurs voulaient continuer à jouer, la seule solution rationnelle, c’était de distribuer leurs billes aux autres joueurs, de les donner pour que le jeu puisse reprendre. Les prêter n’avait aucun sens, puisque de toute façon, ils étaient les meilleurs et qu’il n’y avait aucune chance que leur partenaires puissent les rembourser avec leurs gains futurs.

Relisons le chapitre 25 du Lévitique : c’est précisément cette solution rationnelle qu’il propose pour sauver la prospérité d’Israël de l’âpreté au gain, de l’avarice et de la cupidité de ceux qui savent mieux que les autres tirer profit des produits de la grâce auxquels chacun, mêmes le plus endetté, contribue et peut encore contribuer par son activité. Faute de cela, l’or s’accumule dans les coffres, le blé pourrit dans les greniers et il n’y a plus personne pour renforcer les digues le jour où la tempête menace de les emporter.





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