La Bête à Bon Dieu
Dieu fait sauter la banque
Matthieu 20, 1 à 16
dimanche 13 août 2006, par Richard Bennahmias

L’injustice, c’est quand le maître retient sur le salaire du serviteur. Et c’est ce à quoi revient la manipulation opérée par le maître de la parabole. Aux yeux des serviteurs de la première heure, le maître retient 92% de leur salaire ! Il y a plus grave encore : en une journée, le maître a fait augmenter le prix du travail de 1200% ! Vous voyez d’ici l’effet sur les cours du raisin !
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A travail égal salaire égal ! Telle est la justice de notre monde. S’il ne fonctionnait pas ainsi, sans doute irions-nous à la catastrophe. Chaque fois qu’un individu ou qu’un état prétend consommer plus de richesses qu’il n’en produit, c’est la faillite qui le guette. Tel est le simple bon sens de l’économie de tous les temps. Et c’est justice. Une justice dont nous souffrons parce qu’elle ignore trop souvent qu’il faut parfois aussi remettre un peu de monnaie dans la machine pour que des besoins rencontrent des bras susceptibles de les satisfaire.

L’injustice, c’est quand le maître retient sur le salaire du serviteur. Et c’est ce à quoi revient la manipulation opérée par le maître de la parabole. Aux yeux des serviteurs de la première heure, le maître retient 92% de leur salaire ! Il y a plus grave encore : en une journée, le maître a fait augmenter le prix du travail de 1200% ! Vous voyez d’ici l’effet sur les cours du raisin ! Avec ses contrats de travail à géométrie variable, le maître de la parabole est un dangereux fauteur d’inflation. Si les actions du Royaume des cieux étaient cotées en bourse, leur cours n’arrêterait pas de s’effondrer. Le Royaume des cieux n’est pas un placement de père de famille. Son économie est une économie complètement déséquilibrée : à faire sauter toutes les banques de ce monde-ci… et à jeter tous les travailleurs sur les routes. On comprend que les serviteurs de la première heure roulent des yeux furibonds.

Notre oeil à nous aussi est-il mauvais parce que Dieu est bon ? Reconnaissons au moins qu’il y a dans la rencontre de notre monde avec le Royaume des Cieux quelquechose de radicalement explosif. Et si nous essayions pour quelques instants de fermer notre mauvais oeil et d’ouvrir le bon ?

Le Royaume des Cieux est comme un maître qui, du matin jusqu’au soir, n’arrête pas de sortir pour embaucher des ouvriers. Du matin jusqu’au soir, quelqu’un offre de gagner leur vie à tous ces gens jetés sur les routes de la famine et du désespoir. Du matin jusqu’au soir, chaque jour de notre vie, le Royaume des Cieux s’approche de nos chemins, offert à la rencontre. Du matin jusqu’au soir il offre la vie, tout simplement la vie. Et il n’y a pas de plus ou de moins dans cette vie offerte. Le Royaume des Cieux n’est pas une question de travail plus ou moins important, mais de vie à accepter ou à refuser, un point c’est tout.

Le Royaume des Cieux, c’est comme un patron qui recrute des ouvriers. Mais voilà, ces ouvriers travaillent pour rien… ou pour la vie. Leur vie, c’est le travail qu’ils accomplissent : manifester autour d’eux les signes de la présence du Règne de Dieu, participer aux vendanges du Royaume. Les uns font beaucoup, les autres moins. Le Royaume des Cieux n’est pas une réalité qu’on rencontre une fois pour toutes. Sur nos routes, sa proximité est cachée, discrète, occasionnelle. Les occasions de le manifester ne manquent certes pas, mais elles ne s’offrent pas à tous de la même manière. Et chacun de nous, en fonction de ce qu’il est, de la foi qu’il a reçu, fait ce qu’il peut, là où il peut, comme il peut. Mais à chaque fois, c’est la vie toute entière qui s’offre et qui se manifeste comme un don.

La parabole met en scène deux sortes de personnages :

- pour les uns, ce qu’ils recoivent est un salaire : la rétribution méritée de leurs efforts. Pour les autres, cela ne peut être qu’une grâce, un don qui fait vivre et qui met au travail. Ces gens sont faits de la même chair et du même sang.

- Mais ceux qui travaillent depuis longtemps ont oublié qu’ils avaient eux aussi été ramassés sur le bord des routes, dans l’angoisse et le dénuement. A la longue, ils croient s’être acquis des droits.

D’un coté un monde dur : celui, équilibré, où toute peine mérite salaire, où la justice, c’est que chaque chose ait son prix et où ceux qui ont plus dominent ceux qui ont moins en fixant les prix. C’est le monde de la compétition, de la compétitivité, de la performance ; bref, c’est notre univers abandonné aux lois de la sélection naturelle des espèces. Un monde dur où tout déséquilibre, qu’il affecte nos relations sociales ou affectives, le marché, les monnaies, la répartition des populations, des richesses ou des armes, où tout déséquilibre signifie risque et danger, toujours nécessité de s’adapter ou de périr. De l’autre coté, seulement perceptible avec les yeux de la foi, un monde à l’économie complètement déséquilibrée : un monde de la vie donnée gratuitement, du travail accompli pour rien, ou pour la seule Gloire de Dieu.

La cohabitation de ces deux monde constitue un mélange explosif, instable, destructeur. Appliquons à ce monde-ci l’économie du Royaume des Cieux, et c’est la faillite. Quoi d’étonnant à ce que le Royaume des Cieux proclamme la faillite de ce monde-ci, et rende criantes les injustices cachées derrière nos prétentions à la justice et à l’équilibre. Nous sommes pourtant bien obligés de constater que chaque fois que ces équilibres à la justice imparfaite sont rompus, le pire est à craindre, y compris pour les plus démunis. Combien d’exemples l’histoire ne nous fournit-elle pas de promesses de justice parfaite qui finirent dans la tyrannie et dans la guerre.

Deux mondes superposés : un mélange détonnant. Mais pourrait-il autrement exister, notre monde, sans cette proximité discrète du Royaume des Cieux ? Le monde des équilibres toujours remis en question dans la lutte et dans le sang, pourrait-il seulement exister sans le passage sans cesse renouvelé de la Grâce. Le Royaume des Cieux proclamme la faillite de ce monde-ci, mais, au milieu de cette chute toujours renouvelée, sa proximité nous ouvre toujours à nouveau à l’espérance et à la vie.

Le Royaume des Cieux proclamme la faillite de ce monde-ci, mais se frayant palgré tout un passage au milieu de l’absurdité de cette justice aux équilibres introuvables, il donne et rend valeur à nos vies, il leur assigne une vocation, celle de discerner au sein de ce monde-ci les signes de la grâce reçue en Jésus-Christ, de les cultiver et de les faire produire.

"Les premiers seront les derniers et les derniers seront les premiers", conclut Jésus. Ce qui est premier, ce n’est pas le monde représenté par les ouvriers de la première heure. Ce qui est premier, ce qui a le dessus, ce qui est à l’origine de tout, ce qui aura le dernier mot, ce sans quoi tout s’effondre, c’est le monde représenté par les ouvriers de la onzième heure : le Royaume des Cieux. Sans l’économie déséquilibrée de la Grâce, sans cette possibilité qu’a Dieu et lui seul de faire ce qu’il veut de son bien, sans cette possibilité de susciter sans cesse la vie et de la donner gratuitement, tout retourne au néant, au dérisoire, à l’absurde. Et notre économie aurait peut-être besoin, pour ne pas s’effondrer en entraînant notre société dans sa chute, qu’on y injecte quelques signes de cette gratuité là.

Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est que nous n’avons aucun droit sur le Royaume des Cieux. Il nous est simplement offert de le recevoir comme un don et non comme un salaire. Il ne nous est pas demandé de le réaliser sur terre, ni même d’en hâter la venue. Il ne cesse de venir, disponible et offert du matin jusqu’au soir. Sachons seulement le recevoir et en témoigner, chacun selon la foi et la force qu’il a reçu.





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