La Bête à Bon Dieu
Invraisemblable résurection
Matthieu 28, 1 à 15
vendredi 18 août 2006, par Richard Bennahmias

Dans l’Évangile de Matthieu, l’histoire de la résurrection commence comme un film à effets spéciaux et se termine comme un documentaire banal sur la corruption de la police romaine par les élites religieuses locales. Avec une grande naïveté, Matthieu nous offre ainsi la possibilité de faire la part des choses entre l’hypothèse la plus invraisemblable et l’hypothèse la plus probable en ce qui concerne la disparition du corps de Jésus un beau matin de sabbat de Pessah à Jérusalem.
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Il ne faut pas perdre de vue que le récit, particulièrement chargé de détails miraculeux, que Matthieu nous fait de l’épisode du tombeau vide est précédé par une scène qui nous fait assister aux tractations politico-policières entre les grands prêtres et les pharisiens d’une part, et Pilate, le gouverneur romain, d’autre part. Parce que les élites israélites de Jérusalem qui ont fait condamner Jésus soupçonnent ses disciples de vouloir donner du crédit à l’hypothèse de la résurrection en faisant disparaître son corps, ils exigent qu’une garde conséquente soit placée devant le tombeau.

La succession de ces trois épisodes produit sur nous un effet de douche écossaise et devrait nous maintenir dans la plus grande des expectatives vis à vis de la résurrection de Jésus.

Premier acte : Les ennemis de Jésus prétendent que, pour faire croire à l’avènement imminent du jugement dernier, les disciples du Nazaréen vont tenter de simuler une résurrection en dérobant le corps de leur Maître. Ils pressent Pilate d’empêcher cette manoeuvre en renforçant la garde du tombeau. Pilate s’exécute, sans doute une fois de plus dans la crainte des émeutes que ne manquerait pas de produire l’annonce de la résurrection en Jésus du premier né d’entre les morts, du Messie du nouveau règne de Dieu.

Deuxième acte : le stratagème échoue, l’avènement du règne de Dieu a bien lieu ; à grand renfort de tremblement de terre et d’anges lumineux comme l’éclair, Dieu donne naissance en Jésus le crucifié au premier né de son règne nouveau.

Troisième acte : le grand déballage d’effets spéciaux ne sert à rien puisque, faute d’une poursuite ultérieure des phénomènes apocalyptiques dont le récit du tombeau vide ne nous donne qu’un échantillon, un stratagème aussi piètre que la corruption des gardes placés par Pilate devant le tombeau suffit à accréditer auprès des foules l’hypothèse d’une imposture manigancée par la secte des amis de Jésus.

Aujourd’hui encore, en ce qui concerne la résurrection de Jésus, nous sommes placés devant la même alternative que celle devant laquelle se trouvaient les premiers chrétiens : ou bien nous donnons du crédit au témoignage des femmes et des disciples qui prétendent avoir vu le tombeau vide et qui avouent avoir eux-mêmes été ensuite surpris par les apparitions du crucifié ; ou bien, et ce serait la sagesse, nous donnons foi à l’hypothèse de l’imposture.

Une chose au moins est certaine : un fait aussi fragile et hypothétique que la résurrection ne peut servir d’argument, ou encore moins de preuve, pour arracher la conviction de qui que ce soit en ce qui concerne la personne de Jésus et son rôle dans notre histoire, dans celle de notre humanité ou de notre univers.

Si nous croyons en la résurrection, c’est en dépit de toutes les hypothèses beaucoup plus vraisemblables qui peuvent en démentir la réalité.

La confession de la résurrection ne peut être que la conséquence de notre foi dans la seigneurie du crucifié. D’un coté, elle s’impose à nous comme une nécessité lumineuse et éclatante à laquelle nous ne pouvons pas échapper et de l’autre, elle échappe à notre emprise et nous ne pouvons nous-mêmes l’imposer à personne.

L’alternative devant laquelle nous sommes toujours à nouveau placés en ce qui concerne le crucifié nous fait courir dans le même état d’esprit que celui dans lequel elle plongea autrefois les femmes venues au tombeau, toujours oscillants entre la crainte et la joie.

Comme ce fut déjà le cas pour les femmes venues au tombeau et pour les disciples, la résurrection du crucifié nous prend par surprise, s’impose à nous à notre corps défendant. Elle n’a d’intérêt que si nous laissons aussitôt derrière nous les circonstances de sa première manifestation pour nous mettre à la suite du crucifié qui n’est sorti autrefois du tombeau que pour nous précéder toujours à nouveau sur les chemins de la vie nouvelle.

Peu importent alors les magouilles religieuses, politiques et policières qui entourent de leur gangue boueuse la première manifestation de la seigneurie du crucifié sur notre monde et dont Matthieu se fait sans complaisance l’écho ; peu importe aussi la toute petite débauche d’effets spéciaux dont Matthieu se paye le luxe pour rendre compte de la naissance du premier né de ce règne nouveau. Ce qui importe, c’est à la suite de Jésus, l’expérience vécue par les femmes, par les disciples, par nous qui avons choisi de nous ranger à leur coté, l’expérience vécue de la nouvelle Pâque du Seigneur, l’expérience de ce passage de la mort à la vie dont Jésus fut, est et reste pour toujours l’initiateur. Cette expérience, toujours à nouveau offerte, elle se signale dans les mots simples qui jaillissent autant sous la plume de Matthieu, que de la bouche de l’ange ou de celle de Jésus : vite, n’ayez pas peur, il est relevé, il vous précède, il vous attend, il vous rencontre.

La résurrection, elle se manifeste aussi dans l’audace avec laquelle nous laissons et laisserons ces mots jaillir de nos bouches et prendre corps autour de nous. Par ces mots, le crucifié vient nous chercher devant les croix face auxquelles nous resterions sinon prostrés, devant les tombeaux dans lesquels nous resterions sinon enfermés. Il y meurt pour nous, il y descend pour nous, il en ouvre les portes, il en franchi le seuil pour remonter vers la lumière et nous ouvre nous-mêmes aux promesses de la vie nouvelle.