La Bête à Bon Dieu
Une très belle apocalypse !
lundi 18 septembre 2006, par Richard Bennahmias

Il paraît que le livre de l’Apocalypse est un livre difficile. Peut-être lui demandons-nous bien souvent plus qu’il ne prétend nous donner. Et puisqu’il s’agit du dernier livre du Nouveau Testament, que peut-il nous offrir de plus que l’annonce de l’Évangile : Jésus, Christ et Seigneur, crucifié pour nos offenses et ressuscité pour notre justification : offenses faites par nous mêmes à notre humanité elle-même, justification toujours renouvelée des promesses dont elle est porteuse depuis la fondation du monde.
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Au lieu de nous en effrayer, commençons donc par nous laisser séduire par la luxuriance de son vocabulaire, de ses symboles et de ses images. L’apocalypse relève d’un genre littéraire qui ne lésine pas sur les effets spéciaux. Peut-être cachent-ils parfois quelque langage codé prophétisant quelque évènement passé ou à venir : tant qu’il y aura des guerres, des tremblements de terre et des éclipses de soleil, l’Apocalypse de Jean restera d’actualité. Mais ils sont là avant tout pour susciter en nous le sentiment du sublime. Par cet élargissement plus qu’excessif de la perspective, l’Apocalypse de Jean entend faire comprendre aux premiers chrétiens que les tribulations auxquelles ils sont soumis participent d’une histoire qui concerne l’univers dans son ensemble : l’histoire de son jugement et de sa rédemption.

Soumis aux persécutions, les chrétiens se sont repliés sur l’essentiel : le culte et sa liturgie. Là, dans l’obscurité des catacombes, vacillante, la lumière de l’Évangile continue de briller. Cette liturgie, Jean en fait éclater le cadre et l’élève au rang de mystère cosmique. Croix et résurrection du Christ et Seigneur Jésus, tel est le mystère que célèbrent dans la clandestinité les liturgies de l’église persécutée. Croix et résurrection, c’est dans ce drame que se juge l’histoire de l’univers tout entier, dans ces Pâques célébrées secrètement que se signifie le passage des temps anciens aux temps nouveaux, de l’humanité déchue expulsée du jardin d’Eden à l’humanité rachetée invitée grâcieusement à entrer dans la Jérusalem céleste.

Celui qui était, qui est et qui vient, la vérité vivante venue d’en-deçà de l’histoire, cheminant dans l’histoire et la conduisant à son but, c’est le Christ Jésus. Sa croix et sa résurrection sont la clef de l’Histoire. Les succès comme les échecs ou les tribulations de l’Église naissante n’ont de sens que replacés sous cet éclairage. Ils sont un moment du drame universel qui est en train de se jouer. Aussi, ça n’est le moment ni de tiédir, ni de flancher, si l’on ne veut pas rester au bord du chemin. Les excès apocalyptiques de Jean font perdre au culte et à ses liturgies leur statut d’objets de piété préservés du monde. Ils nous invitent d’une part à rester attachés coûte que coûte au message dont ils sont porteurs et d’autre part à éclairer de leur lumière les évènements de notre monde.

L’univers de l’Apocalypse de Jean apparaît ainsi soumis à la cohabitation de deux mondes antagonistes : l’ancien et le nouveau. La situation des chrétiens y est d’autant plus incofortable que leur foi les place au temps et au lieu précis où le conflit de ces deux mondes atteind son paroxisme. Mais cet antagonisme n’est pas le fin mot de l’Histoire. Les temps et les lieux où les deux mondes entrent en conflit sont aussi ceux où s’opère le passage de l’un à l’autre. Les moments où les fondations sont ébranlées sont aussi ceux où, dans une crise toujours ultime, se joue, à la suite de Jésus, pour chacun d’entre nous comme pour notre humanité et notre univers tout entiers, le passage de la croix à la résurrection. Quelque soit la perspective, intime, sociale, historique ou cosmique dans laquelle nous nous plaçons, c’est en ce point que le Christ crucifié Jésus s’affirme comme Seigneur, pour peu que nous osions l’invoquer : Viens, Seigneur Jésus !

Dans la "globalisation" apparemment chaotique qui affecte à nouveau notre monde, Jean nous invite, une fois de plus à discerner par derrière les tribulations que les temps présent font subir au monde ancien les progrès de la venue du monde nouveau.